Dacos voyage dans un grand livre, dans un livre d'images: espace de présentation, lieu de départ, de départs successifs. Son livre est-il un livre bachelardien de rêve coulé dans un livre d'idées, ou le contraire, un livre d'idées glissé dans un livre d'images? Le quelque chose précède-t-il la représentation, l'image sort-elle de la boîte à malice du monde de la pensée. C'est la question. Comme fait question l'engagement dacosien: son engagement esthétique précède-t-il l'engagementéthique, son image est-elle éthique, représentation ou prolongement du concept liberté, ou n'est-elle qu'un outil, qu'un moyen, qu'une arme politique, de la politique, du militantisme à tous crins, du drapeau que l'on suit malgré tout... Pour faire trivial, Dacos serait-il prisonnier de son idéal politique, serait-il l'homme-sandwich d'une idéologie... ou n'est-il que le témoin de cette voix qui au-delà de la parole plurielle se fond dans l'être-au-monde, accompagne cet être, non dans l'insurrection, mais vers sa pleine reconnaissance d'être-au-monde. Dacos porte l'être à l'existence par delà les limites de l'image. Ainsi il se pose en véritable hopitalier de l'être.

Tout ceci procède de l'intellectualisme, plus du concept que de la temporalité... je m'en excuse. Dacos mérite mieux, mais le détour était indispensable. Revenons à l'image quotidienne, à l'image-poignée-de-main, sortons du discours, entrons dans la confidence. De moins en moins de pensées, de plus en plus d'images, de plus en plus d'amour: oui de la tendresse, de la tendresse bordel; prenons le risque de dire chaud, de dire yeux, de dire regard, de dire je t'aime. Oui Dacos - nous étions aveugles - a dit cela. Ses gravures autour du Ventoux disent cela: une herbe folle, un épi de blé, une ligne d'horizon comme pour témoigner d'un commencement et d'une fin, des courbes légères plus sensuelles qu'un corps attendant la caresse. Disent cela aussi les yeux de Traces rouges, les yeux de Portrait 1. Il y a cette angoisse sereine dans Le cri, il y a cette lithographie Claire, à nous faire crever d'amour, il y a Marylin l'éternelle amante, il y a la généreuse offrande de Madame B... Tout cela a été occulté pour d'affreux compromis, par des lectures faciles et immédiates. Il est temps de sortir Dacos du Système, de donner droit de cité au sentiment, au non évident, au caché, à la bonté, au don, à l'imprévisible, il est temps de rendre le désir désirable, le malheur malheureux, de rendre l'homme humain. Dacos nous répond, il répond par images interposées. L'image cette petite chose éthique, dessinée, gravée nous livre son secret: "je ne fais pas de l'art, je fais l'amour".

Alors éthique, esthétique ou simplement une image, qui l'air de rien nous porte au plus loin de nous...

GASPARD HONS

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